jeudi 29 novembre 2018
J'étais entrain de gravir une colline sur un chemin caillouteux dominant des vallées plombées par un soleil radieux quand est arrivée à ma rencontre une femme frêle au visage familier - "J'ai perdu ma ferme" - me dit-elle. Trop occupé à dénombrer le troupeau qui l'accompagnait - une cinquantaine de vaches , de moutons, d'oies et de canards - je n'ai pas bien compris si quelqu'un l'avait chassée de sa ferme , ou si elle errait comme une folle ou un Noé avec ses animaux. En la réconfortant dans mes bras, je lui proposais de rejoindre ma maison et mon jardin pour y faire paitre son petit troupeau...
Plus nous avancions dans le chemin caillouteux, moins je reconnaissais le paysage - je croisais des maisons en pierres qui ressemblaient à la mienne mais ne l'étaient jamais - dans un village qui devait être le mien je croisais des oncles et des tantes en fête - "On a acheté la maison d'Alain !" m'informaient-ils de loin avec des têtes hilares - Les voyant rentrer en dansant dans une maison en pierre comme la mienne, je me suis senti seul - En me retournant sur l'oreiller, la fermière et son troupeau avaient disparu et il faisait nuit dans ma chambre.
Tout n'est que rêve, aussi persistant et solide que la peine et la pierre - Cette nuit là je ne cherchais qu'à retrouver une maison chimérique qui m'accompagne depuis des lustres et que je peux dessiner éveillé. Je la connais par cœur - avec ses ruines, ses gouffres et ses parties habitables sur un plancher branlant où aucun rat ne nous importune - et avec son jardin bicéphale fait d'une cour entretenue et d'un champ de broussailles à perte de vue - Une structure recomposée avec toutes les pierres que ma mère a posée du nord au sud.
https://twitter.com/Loopsidernews/status/1067438745950011392
Plus nous avancions dans le chemin caillouteux, moins je reconnaissais le paysage - je croisais des maisons en pierres qui ressemblaient à la mienne mais ne l'étaient jamais - dans un village qui devait être le mien je croisais des oncles et des tantes en fête - "On a acheté la maison d'Alain !" m'informaient-ils de loin avec des têtes hilares - Les voyant rentrer en dansant dans une maison en pierre comme la mienne, je me suis senti seul - En me retournant sur l'oreiller, la fermière et son troupeau avaient disparu et il faisait nuit dans ma chambre.
Tout n'est que rêve, aussi persistant et solide que la peine et la pierre - Cette nuit là je ne cherchais qu'à retrouver une maison chimérique qui m'accompagne depuis des lustres et que je peux dessiner éveillé. Je la connais par cœur - avec ses ruines, ses gouffres et ses parties habitables sur un plancher branlant où aucun rat ne nous importune - et avec son jardin bicéphale fait d'une cour entretenue et d'un champ de broussailles à perte de vue - Une structure recomposée avec toutes les pierres que ma mère a posée du nord au sud.
https://twitter.com/Loopsidernews/status/1067438745950011392
dimanche 25 novembre 2018
Le jour même du décès de ma mère, j'ai mordu le crâne rasé de mon père - j'étais plus apte à l'exercice que mes quatre frangines... - Qui va hériter de quoi , et qui décide ? - "Pas toi : nous tous mais pas toi, ou je te crève aussi !" -... Les mots sont un héritage grandiose qui nous transpercent à chaque heure de notre âge.
Pendant qu'elle agonisait sans lui à Ponchaillou - j'embrassais le front de ma mère en répétant inlassablement ces mots venus d'ailleurs: "tu es belle - tu es belle , tu es belle..." - Ces mots sortaient d'un monde charnel qui n'existait pas entre elle et moi, et je ne comprenais rien à ces mots sortis de ma bouche en alerte - - J'aurais voulu mieux exprimer les choses amoureuses , venues du ventre et de l'esprit maternel - Dire avec les tripes l'au-secours du chaos sentimental et le manque intellectuel total...et quoi d'autre !- Mais en m'écoutant collé à son front, je me suis souvenu de ce souvenir tendre qu'elle m'avait raconté - je ne sais plus quand ni comment : les dernières paroles de son père qu'elle avait en mémoire étaient celles-ci - "tu es belle" ! .... L'écho chanté dans les couloirs de Ponchaillou.
https://www.youtube.com/watch?v=sxKF19jYk68
Pendant qu'elle agonisait sans lui à Ponchaillou - j'embrassais le front de ma mère en répétant inlassablement ces mots venus d'ailleurs: "tu es belle - tu es belle , tu es belle..." - Ces mots sortaient d'un monde charnel qui n'existait pas entre elle et moi, et je ne comprenais rien à ces mots sortis de ma bouche en alerte - - J'aurais voulu mieux exprimer les choses amoureuses , venues du ventre et de l'esprit maternel - Dire avec les tripes l'au-secours du chaos sentimental et le manque intellectuel total...et quoi d'autre !- Mais en m'écoutant collé à son front, je me suis souvenu de ce souvenir tendre qu'elle m'avait raconté - je ne sais plus quand ni comment : les dernières paroles de son père qu'elle avait en mémoire étaient celles-ci - "tu es belle" ! .... L'écho chanté dans les couloirs de Ponchaillou.
https://www.youtube.com/watch?v=sxKF19jYk68
ELLE : ...?
Mmm : rien
ELLE : même pas une nouvelle ligne ?
Mmm : si, une seule - mais
je n'ose pas raconter la suite - "Quand le soleil tombe - Une
lampe de chevet allumée et une porte entre-ouverte sont deux
nécessités qui relient nos âges d'enfant fragile et d'adulte mourant,
effrayés par le trépas."
ELLE : ah oui je vois - ta
mère m'a raconté ça.
Mmm : yep -
ELLE : have …
Mmm : fun.
ELLE :
en fait tu n'oses pas dire qui a débranché la lampe et fermé la
porte de la chambre de ta mère un soir de diffusion des Enfoirés à
la télé ?
Mmm :
vas-y dis-le toi..?
ELLE :
Nutella , SuperU et carte bancaire !
Mmm :
yep, enfermons-les tous dans leurs supermarchés et éteignons les
néons !
ELLE :
et écrivons nos épitaphes résistantes , " non je n'ai pas la carte
super-u" !
Jacqueline (ma mère) :Je
suis tombée et il ne m'a pas relevée.
J'étais en phase terminale de mon cancer et il m'a laissée parterre.
Clouée au sol j'implorais en rampant l'humanité d'un homme que je croyais connaître depuis cinquante ans.
J'étais en phase terminale, le visage contre son parquet acheté chez Leroy-Merlin - quand il a préféré partir faire ses courses à Carrefour.
La vie vous permettra de croiser encore cet homme qui jouit encore de mes créations, poussant fièrement son caddy rempli de Bolloré et Lactalis - père de mes quatre magnifiques filles.
J'étais en phase terminale de mon cancer et il m'a laissée parterre.
Clouée au sol j'implorais en rampant l'humanité d'un homme que je croyais connaître depuis cinquante ans.
J'étais en phase terminale, le visage contre son parquet acheté chez Leroy-Merlin - quand il a préféré partir faire ses courses à Carrefour.
La vie vous permettra de croiser encore cet homme qui jouit encore de mes créations, poussant fièrement son caddy rempli de Bolloré et Lactalis - père de mes quatre magnifiques filles.
ELLE : je n'ai jamais vu ton père à
l'hôpital...?
Mmm : il devait être au supermarché.
Jacqueline (ma mère) :
Des années avant et bien que mon cancer fut déclaré, je l'avais quitté un jour de colère accumulée
- mon humanité débordait bien mieux que son caddy. Mais cet
incapable d'être lui-même dans nos trente premières années de concubinage avait
su faire jaillir des larmes de son regard habituellement vide, grimaçant des
simagrées de tata - j'y voyais la beauté de sa première femme
décédée et les tourments de sa guerre d'Algérie . J'aurais du
savoir qu'un regard vide n'est simplement qu'une humanité
définitivement effacée... Et mon cancer ne fut pour lui qu'une
rafale de mitraillette à éviter, ou à déclencher contre moi et mes enfants - son camp de
base étant resté depuis sa jeunesse, et à travers ses défaites et ses drames mélangés, dirigé sous l'autorité du Général Couillon, chef des armées du SuperU et de la Carte bleu!
ELLE : quel était le cancer de ta mère
?
Mmm :appelons-le tata.
ELLE : ... !
Mmm : comme la dernière salve
d'une mitraillette française en Algérie – taratarataratata -
tata !
Jacqueline (ma mère) - à la fin de mes douleurs cancéreuses subies à la maison, mon amoureux et père de mes enfants m'enfermait dans une chambre pour regarder sa télé de cons tranquillement - il organisait des réunions avec nos amis qui me prenaient pour une folle droguée quand j' hurlais ma douleur - Il se baladait avec une canne pendant que je survivais dans un fauteuil roulant, se plaignant de ses douleurs imaginaires au dernier passant visitant mon lit médicalisé - Pendant mes derniers quinze jours passés au centre de cancérologie de Ponchaillou, il n'est resté qu'un quart d'heure dans ma chambre , lisant un magazine en me tournant le dos... Maintenant que je suis morte, et qu'il court dans mon jardin binicais, cherchez sa canne et ses lâchetés rangées au fond du coffre de sa voiture pétaradante - et trouvez
mon cadavre au fond de son tank garé sur le parking d'un de vos supermarché.
https://twitter.com/Terrafemina/status/1066350953518063618/video/1
Jacqueline (ma mère) - à la fin de mes douleurs cancéreuses subies à la maison, mon amoureux et père de mes enfants m'enfermait dans une chambre pour regarder sa télé de cons tranquillement - il organisait des réunions avec nos amis qui me prenaient pour une folle droguée quand j' hurlais ma douleur - Il se baladait avec une canne pendant que je survivais dans un fauteuil roulant, se plaignant de ses douleurs imaginaires au dernier passant visitant mon lit médicalisé - Pendant mes derniers quinze jours passés au centre de cancérologie de Ponchaillou, il n'est resté qu'un quart d'heure dans ma chambre , lisant un magazine en me tournant le dos... Maintenant que je suis morte, et qu'il court dans mon jardin binicais, cherchez sa canne et ses lâchetés rangées au fond du coffre de sa voiture pétaradante - et trouvez
mon cadavre au fond de son tank garé sur le parking d'un de vos supermarché.
https://twitter.com/Terrafemina/status/1066350953518063618/video/1
Comment s'est passée la journée ?
T'as pas eu mal ?
Non maman, les infirmières sont
venues laver la sonde.
T'as eu des visites ?
Oui tonton et tata sont venus, ils
m'ont offerts ça...
On vous offre plein de cadeaux à
l’hôpital – j'ai complètement oublié lesquels j'ai reçu –
En vrai, il n'y a qu'un seul cadeau qui vaille à l'hôpital :
la main de l'infirmière qui vient soulager ta douleur quand elle
devient insupportable.
Tu sais quelle infirmière sera là
cette nuit ?
Non maman, t'inquiètes...
Les infirmières sont des anges. La
journée elles sont nombreuses à venir te choyer, rigolent avec les
aides soignantes débordantes de rabs de riz au lait. Leur ronde est
un défilé de prêt à porter toutes les formes que la nature a
créé sous l'uniforme de l'ange blanc.
Mais la nuit, quand tout le monde est
parti, que les visiteurs ont déposé leurs cadeaux polis et sont
rentrés dans leurs logis télévisuels, ne reste alors plus qu'une
seule infirmière pour éteindre les lumières de ta chambre et
celles de toutes les autres chambres du couloir.
Le monde peut vite basculer - Le
blanc devenir noir - l'ange se transformer en démon.
Elles étaient deux à se partager les
gardes de nuits. Une d'elle usurpait la magnificence de l'uniforme,
pour déployer ses ailes noires sur tout l'étage - Impossible de
connaître le planning. Chaque soir était comme une roulette russe.
Était-ce son ADN , ou mes yeux
bridés qui la dérangeaient ? Dès la première nuit, nous
étions devenus deux animaux en chasse : moi pour ma survie,
elle pour sa toute puissance nocturne.
Tu as vu l'infirmière, c'est
la-quelle ce soir ?
Ma mère avait tenté d'obtenir le
planning au-près de la chef de service, qui le lui refusa. Elle a
cependant remporté le droit de pouvoir dormir dans ma chambre.
Mais cet acte de rébellion de ma mère
décupla la furie de notre démon travesti.
C'est un monde de s'endormir.
Toi tu mets ton pyjama capitaliste ,
ton bonnet de nuit doré - Tires la couverture à toi et comptes les
parachutes colorés . Tu sèmes le ronflement, tu récolteras
la colère.
C'est un monde de s'endormir.
Comment a-t-ELLE suffoqué ?
Restait-il au moins un lit dans l'hôpital délabré ?
Restait-il une fleur à cueillir dans une prairie sauvage, ou à voler aux groins des cochons repus dans les champs agroalimentaires bretons ?
C'est un monde de s'endormir.
Faites de beaux rêves les enfants
chrétiens - « Ce n'est qu'un au revoir » – L'halleuia
chanté chaque année à des jeunes orphelines qui visitent la tombe
de leur mère . Les nuits de novembre, le père-noel ronfle.
C'est un monde de s'endormir.
Mon cousin Alain écrivait, dessinait,
chantait, pianotait et guitarait, jouissant brillamment contre toutes les maltraitances de son enfance – Il s'est assoupi pour de bon en
s'enivrant de gnôle, fruitée de toute son intelligence .
C'est un monde de s'endormir.
Sur la table de sa dernière nuit, mon
oncle Lucien a écrit ce mot à l'adresse de son ultime chirurgien à l'hôpital de Brest :
« Assassin » ... - Bientôt nous ne saurons plus écrire.
C'est un monde de s'endormir.
Un câlin – une bise – une main
sur le front – une pèle – une accolade - une caresse - des
lèvres outrageusement scotchées à l'aréole puissante ?...- L'autour du
coup est devenu bourgeois. C'est la dèche, il faut rembourser la
dette qui ronfle - Ma mère et ELLE sont parties sans revenus.
C'est un monde de s'endormir.
J'ai les draps trempés de suées toutes les nuits –
Gamin, ma sœur m'a sauvé de la noyade dans un puits - Je me suis
raccroché à la tôle qui servait de portière à une deux chevaux
à l'agonie de mon père pendant que les pointes de mes chaussures raclaient le bitume à un âge où les gags de Charlot et Buster Keaton m'étaient inconnus.
C'est un monde de s'endormir.
Plus tard dans la nuit , la sœur qui m'a sauvé du puits a
pris des cachets – L'Afrique l'a sauvée. Tous mes neveux sont
métissés – Il est minuit... C'est un monde de s'éveiller !
Jours et nuits, ma sonde ne cessait de
se boucher et me faisait jongler. Mon urée contenait des caillots
de sang qui s'amoncelaient dans le tuyau – La vessie obstruée se
gonflait et la douleur qu'elle déclenchait n'était qu'une alarme
d'auto-défense créée par la nature bienveillante permettant à
toute intelligence alentour qui s'occupait de mon corps d'empêcher
que l'anomalie ne finisse par affecter mes reins nécessaires à ma
survie.... C'est à peu près en ces termes que ma mère m'expliquait
pourquoi on ne pouvait me donner le calmant que je réclamais en
découvrant la première fois la douleur monstre m'envahir.
Je venais de recevoir un cour
magistral de philosophie par ma plus belle professeure de sciences.
- De la douleur salvatrice de l'être vivant et du corps social défaillant.
J'avais sept ans et découvrais
hardiment que la pire des douleurs est celle infligée par le corps
social. D'autres douleurs terrifiantes m'avaient parcourues
l'abdomen avant que les médecins produisent leur diagnostique et
m'envoient dans cet hôpital pour me guérir. Le Dr Bois-sel , le magicien généraliste que ma mère avait trouvé sur les quais rennais, m'avait
appris à m’allonger sur le ventre en y intercalant un traversin
pour exercer une pression apaisante – Il avait appris à ma mère
comment calmer mes tourments par une voix douce et monocorde, et en posant une main sereine sur mon
front bouillant.
Mais à Ponchaillou, nous avions beau essayer de
positionner le tuyau de caoutchouc dans tous les sens, mon salut
ne pouvait venir que d'un simple lavage de la sonde bouchée par les mains stérilisées d'une infirmière compétente – Par conséquent, la douleur croissait d'insupportable en
interminable pendant que nous apercevions le démon déguisé passer
dédaigneusement devant ma porte.
Ça va, tu n'as pas mal ?
Mmm... Non maman - t'as vu comme elle
est laide, on dirait tata – Ah ah ah.
Ma mère a vite fini par découvrir le
stratagème enfantin que je m'étais créé en l'absence du bon Dr
Bois-sel. Plus la douleur m'alertait, plus je divertissais ma mère
pour retarder le moment où elle allait devoir affronter l'ogre -
combattre ses griffes d'ignorance, ses stratagèmes d'évitements -
Je blaguais de derechef , et ma mère se transformait en furie
déboulant dans le couloir à la recherche du démon tapis dans
l'ombre occupé à faire briller son chariot.
Elle a dit qu'elle allait venir,
comment tu te sens ?
Mmm...je crois qu'en fait, elle
ressemble au trou du cul de tata...- Ah ah ah.
Son énergie à retourner au front
pour raisonner la folle et obtenir du capot une once d'humanité, me
donnait le courage de dompter la douleur en pensant à une nouvelle
blague, au cas où la salope ne viendrait toujours pas – Et de
continuer sans cesse à branler ma sonde.
Ma mère et moi avions fini par nous
transformer en une armée de l'ombre luttant jusqu'à ce que le jour
revienne avec sa cavalerie d'anges dévoués.
Le combat n'a finalement duré que
cinq ou six nuits (?), avant qu'un docteur des forces ennemies n'ôte
d'un geste dédaigneux ce foutu tuyau de ma bite, et que ma mère
puisse enfin nous extirper de ce cauchemar pour rejoindre notre
logis télévisuel - S'ils n'étaient pas tous susceptibles d'être
des démons, il fallait quand-même bien que pour réaliser son
œuvre tortionnaire, le trou du cul de ma tata frisée ai pu
bénéficier de quelques complaisances de la part d’honorables
blouses blanches immaculées.
Le pansement colle encore - Dans
l’entre-bâillement de la porte du salon, mes frangines et moi
essayons de voir les images télévisées du premier épisode
de la série Holocauste. Nous obtiendrons l'autorisation de nous installer dans
le canapé pour regarder le deuxième épisode qu'après une longue mise en
garde pédagogique de ma mère autour de la table à manger.
https://www.facebook.com/osonscauser/videos/289558331677442/
https://www.facebook.com/osonscauser/videos/289558331677442/
vendredi 23 novembre 2018
Je me tords de douleur allongé et entouré de visages effrayés - "ça va ? , t'as mal ? essaie de te relever ! - ma frangine qu'a quatre ans de plus que moi vient de rater le ballon de foot que nous nous disputions en shootant de toutes ses forces dans mon tibia - C'était mon idée de laisser les filles jouer au foot avec les copains - j'avais seulement oublié que son âge et sa force dépassaient celle de nos mollets juvéniles... - Bref, pendant les cinq minutes que la douleur se répandait dans tout mon corps et que j'imaginais mon os brisé, entouré de ces visages suant sur ma peine , j'avais largement le temps de penser à nous à Ponchaillou - Et de rire avec ma sœur pour qu'elle ne se sente coupable de rien du tout ... Pourvu que tout s'estompe et ne se résume qu'à une bosse.
ELLE : oui mon ange, je t'ai vu rire avec moi dans la douleur étendu dans ce carré de verdure - mais tu fais surtout bien d'oublier le score final !
Mmm : Quand j'ai quitté notre couloir hospitalier je savais que tu étais condamnée - j'ai négocié avec les adultes ma liberté contre ta vie sans me plaindre - Dehors je n'ai plus jamais demandé à te revoir - je n'ai plus jamais évoqué ton nom, et ton visage s'est substitué à d'autres amoureuses ... je me suis imposé un silence enjoué, plein de colère noire.
ELLE : un été dans ton jardin binicais , regarde la voix lactée au-dessus de ta tête - et tu verras le négatif agrandi de mes tâches de rousseur sur ma peau bleuie ...
https://www.instagram.com/p/BqdSk-QlN6a/?utm_source=ig_web_button_share_sheet
ELLE : oui mon ange, je t'ai vu rire avec moi dans la douleur étendu dans ce carré de verdure - mais tu fais surtout bien d'oublier le score final !
Mmm : Quand j'ai quitté notre couloir hospitalier je savais que tu étais condamnée - j'ai négocié avec les adultes ma liberté contre ta vie sans me plaindre - Dehors je n'ai plus jamais demandé à te revoir - je n'ai plus jamais évoqué ton nom, et ton visage s'est substitué à d'autres amoureuses ... je me suis imposé un silence enjoué, plein de colère noire.
ELLE : un été dans ton jardin binicais , regarde la voix lactée au-dessus de ta tête - et tu verras le négatif agrandi de mes tâches de rousseur sur ma peau bleuie ...
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mercredi 21 novembre 2018
Mmm : tu veux dire un mot pour commencer ?
ELLE : je suis née un jour qui m'appartient et je ne sais pas à quelle date je suis morte - j'ai vécu mes plus belles années courtes dans l'hôpital rennais de Ponchaillou entourée d’innombrables infirmières aimantes, et d'autres démentes - j'aimais la vie par-dessus tout, et adorais particulièrement ce petit gars nouveau parmi la douzaine arpentant ma chambre quotidiennement comme des médecins avec des petites quéquettes - Que le cancer le préserve, il a décidé d' écrire sur mon compte ...- Bande de lecteurs imbéciles : je suis morte, mais je n'ai jamais été fragile - Swinguez vos sondes funkément du passé au présent en éjaculant trois spermatozoïdes - moi, j'erre librement dans votre futur stérile !
Mmm : yep...
https://www.mixcloud.com/rich-cranmore/groove-in-f-live-o/
ELLE : je suis née un jour qui m'appartient et je ne sais pas à quelle date je suis morte - j'ai vécu mes plus belles années courtes dans l'hôpital rennais de Ponchaillou entourée d’innombrables infirmières aimantes, et d'autres démentes - j'aimais la vie par-dessus tout, et adorais particulièrement ce petit gars nouveau parmi la douzaine arpentant ma chambre quotidiennement comme des médecins avec des petites quéquettes - Que le cancer le préserve, il a décidé d' écrire sur mon compte ...- Bande de lecteurs imbéciles : je suis morte, mais je n'ai jamais été fragile - Swinguez vos sondes funkément du passé au présent en éjaculant trois spermatozoïdes - moi, j'erre librement dans votre futur stérile !
Mmm : yep...
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ELLE était une enfant amoureuse et cancéreuse, rencontrée dans une chambre d'hôpital - Cinquante ans plus tard, quand le monde creuse sa tombe climatique, j'essaie de me remémorer son visage et son prénom, par l'écriture - en faisant swinguer ma sonde dans l'actualité nocturne, en live et en effaçant tout à l'aube , tant qu' ELLE restera éphémère.
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