dimanche 25 novembre 2018

ELLE : ...?
Mmm : rien
ELLE : même pas une nouvelle ligne ?
Mmm : si, une seule - mais je n'ose pas raconter la suite - "Quand le soleil tombe - Une lampe de chevet allumée et une porte entre-ouverte sont deux nécessités qui relient nos âges d'enfant fragile et d'adulte mourant, effrayés par le trépas."
ELLE : ah oui je vois - ta mère m'a raconté ça.
Mmm : yep -
ELLE : have …
Mmm : fun.
ELLE : en fait tu n'oses pas dire qui a débranché la lampe et fermé la porte de la chambre de ta mère un soir de diffusion des Enfoirés à la télé ?
Mmm : vas-y dis-le toi..?
ELLE : Nutella , SuperU et carte bancaire !
Mmm : yep, enfermons-les tous dans leurs supermarchés et éteignons les néons !
ELLE : et écrivons nos épitaphes résistantes , " non je n'ai pas la carte super-u" !

Jacqueline (ma mère) :Je suis tombée et il ne m'a pas relevée.
J'étais en phase terminale de mon cancer et il m'a laissée parterre.
Clouée au sol j'implorais en rampant l'humanité d'un homme que je croyais connaître depuis cinquante ans.
J'étais en phase terminale, le visage contre son parquet acheté chez Leroy-Merlin - quand il a préféré partir faire ses courses à Carrefour.
La vie vous permettra de croiser encore cet homme qui jouit encore de mes créations, poussant fièrement son caddy rempli de Bolloré et Lactalis - père de mes quatre magnifiques filles.

ELLE : je n'ai jamais vu ton père à l'hôpital...?
Mmm : il devait être au supermarché.

Jacqueline (ma mère) : Des années avant et bien que mon cancer fut déclaré, je l'avais quitté un jour de colère accumulée - mon humanité débordait bien mieux que son caddy. Mais cet incapable d'être lui-même dans nos trente premières années de concubinage  avait su faire jaillir des larmes de son regard habituellement vide, grimaçant des simagrées de tata - j'y voyais la beauté de sa première femme décédée et les tourments de sa guerre d'Algérie . J'aurais du savoir qu'un regard vide n'est simplement qu'une humanité définitivement effacée... Et mon cancer ne fut pour lui qu'une rafale de mitraillette à éviter, ou à déclencher contre moi et mes enfants - son camp de base étant resté depuis sa jeunesse, et à travers ses défaites et ses drames mélangés, dirigé sous l'autorité du Général Couillon, chef des armées du SuperU et de la Carte bleu!

ELLE : quel était le cancer de ta mère ?
Mmm :appelons-le tata.
ELLE : ... !
Mmm : comme la dernière salve d'une mitraillette française en Algérie – taratarataratata - tata !

Jacqueline (ma mère) - à la fin de mes douleurs cancéreuses subies à la maison, mon amoureux et père de mes enfants m'enfermait dans une chambre pour regarder sa télé de cons tranquillement - il organisait des réunions avec nos amis qui me prenaient pour une folle droguée quand j' hurlais ma douleur - Il se baladait avec une canne pendant que je survivais dans un fauteuil roulant, se plaignant de ses douleurs imaginaires au dernier passant visitant mon lit médicalisé - Pendant mes derniers quinze jours passés au centre de cancérologie de Ponchaillou, il n'est resté qu'un quart d'heure dans ma chambre , lisant un magazine en me tournant le dos... Maintenant que je suis morte,  et qu'il court dans mon jardin binicais, cherchez sa canne et ses lâchetés rangées au fond du coffre de sa voiture pétaradante -  et trouvez 
mon cadavre au fond de son tank garé sur le parking d'un de vos supermarché.

https://twitter.com/Terrafemina/status/1066350953518063618/video/1 

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