samedi 29 décembre 2018

Bon pendant que les culottes jaunes sont sorties dans les capitales en ce samedi, on peut s'intéresser aux guitares jaunes et leur poésie crade et la misogynie qui tournent aux coups de pieds dans les burnes ? - Et aussi à cette boucle rythmique suave qui bande éternellement quand Macron dépéri inéluctablement :

 https://www.youtube.com/watch?v=6f4BwQFF-Os&fbclid=IwAR0w6oIV3adG4AICKUeWVh8ymqi8Y7x6c3FvAccp28Xc47Y4dC3B_FVWuFo


Non, y aura pas de révolution sans sexe ! Appelez toutes les beautés à la rescousse : les transgenres, les homos et les quadruplés multi-sexués qui n'ont qu'un cœur en tout et pour tous !

y aura pas de révolution sans culottes jetées : imagine un autre chiffon ou rien d'autre - imagine d'autres imaginations et d'autres rapports inconnus qui n'ont rien à voir avec le plomb ambiant...Crée un bordel spirituel comme le mien, où le temps est puissant et inaltéré....- où la seconde et les années n'ont aucun sens inné - où j'étais plus vieux quand j'avais vingt ans qu'à cinquante, où j'entre et sors du vagin maternel librement, et fais l'amour à six amoureuses rajeunies en même temps littéraires indéfinis, pendant que mon cœur brûle dans un hospice des années soixante-dix !

ELLE : tu te souviens de tout ?
Mmm : non je sais l'essentiel en ayant tout oublié. Ne demande pas à un cheval qui galope, s'il sait trotter - je danse mieux les quarts-temps et les croches que la gavotte !
ELLE: tu es un âne agité !
Mmm: mais je galope un peu, ou pas ?
ELLE: mmm... - refais ton lit pendant que je range ma garde-robe.

https://www.youtube.com/watch?v=TxdlbQ79RcM

mardi 11 décembre 2018

Chanson interrompue:

Dans une nuit bretonne pleine de musiques connes
j'ai tendu ma main gelée à une blonde dorée
Une autre nuit bretonne glacée
j'ai épousé une conne pour me réchauffer

(Refrain à la con)

J'étais embarqué pour un week-end sur un vieux gréement
à quinze ans -
Copains et moussaillons accostions de nuit sur la plage de sable
de St Cast le Guildo.
En sortant de l'aviso, au bout de trois pas j'ai vu cette fille inconnue
dans la fête du village - car personne d'autre ne pouvait danser comme ça.
Ses parents chantaient des trucs con autour d'un feu de joie,
quand elle a lâché leurs petits doigts pour me rejoindre... -
J'ai d'abord cru que c'était TOI , mais ses cheveux étaient bruns comme du goémon ...

(répétez deux fois les phrases écrites ci-dessus si vous êtes bretons)

ELLE : oublie la gavotte, moussaillon ! - Et danse comme ta grand-mère te l'a appris amoureusement  avec les aiguilles du tricot et les pelotes de laines catholiques - Et fais comme ton instinct te le dicte en gueulant librement  autour du feu des migrants sous les chapiteaux de l’exile et en te gavant du Kig ar fars d'Anna, avant qu'elle te révèle qui JE suis :  une rousse musulmane avec des tâches de rousseur , née d'une fête foraine en Bretagne ou d'ailleurs!


Il n'est pas trop tard ,
Sortez de vos grottes, bande de néandertaux !
Rassemblez vos vies et vos souvenirs
Rassemblez vos culottes et vos envies
Rassemblez vos os rongés et vos factures
Rassemblez vos molécules rupestres et vos nerfs en pâture
Rassemblez vos rendez-vous de cinq à sept à midi tapante
Rassemblez vos encolures offertes aux baisers timides de spéculateurs à découvert
Rassemblez vos manches de fourches retroussés jusqu'aux biceps
Rassemblez vos muscles pigmentés sur la pierre maternelle
Rassemblez vos stèles bancaires et vos défauts de paiements écartelés
Rassemblez les baisers universels et les mots gelés sur les épaules chaudes et bronzées
Rassemblez la fleur et l'oiseau , la fière et le résistant antarctiques
Rassemblez les bisons banquiers repus dans leurs piscines gigantesques, construites aux derniers étages des avenues dorées
Rassemblez l'humanité éparpillée en tous temps, pour que Margot passe un bel été
Sortez vos miches et vos smileys dans la rue, pour que les enfants  s'émerveillent de la beauté anarchique des fesses terrestres - Sortez vos pousses ankylosés et vos cœurs atrophiés du poste numérique malin - et révolutionnez l'air grotesque ambiant , macronien et lacrymo-génant.

ELLE : Je voudrais sortir ce soir  - offre moi des jarretelles blanches..?
Mmm : mais c'est la dèche néandertale, mignonne - enfile ton gilet jaune et rien d'autre !



mercredi 5 décembre 2018

Rien ne doit redevenir comme avant -
Les filles t'apprennent ça très tôt - la mort aussi.
Et la jeune pie qui s'envole en voyant son frère
tombé du nid dévoré par les chats te le dit :
Rien ne doit redevenir comme avant.

Rien ne doit redevenir comme avant -
Le coût de la vie des gilets jaunes et
Les économies dorées des fortunés
Englouties dans les paradis fiscaux -
Rien ne doit redevenir comme avant.

Rien ne doit redevenir comme avant -
Même les révolutions changent d'habits
Et les prêts à vie bancaires se retournent comme
Des porsches dans une avenue à bout de bras -
Rien ne doit redevenir comme avant.

Rien ne doit redevenir comme avant,
Les horaires augmentent, les cours du CAC fluctuent à la hausse
Et ta ceinture se resserre comme la queue d'un vieux serpent
sifflant les promesses néo-libérales d'antan.
Rien ne doit redevenir comme avant.

Impose ton temps - Rien ne doit redevenir comme avant
Jouis de ton corps - Rien ne doit redevenir comme avant
Danse avec la planète sous un olivier abîmé - Déchire les bas résilles des monarques masqués dans la rue - tape une ligne sur ton clavier , rétablis le climat avec tes doigts d'argile et refais l'amour à une nouvelle démocratie culottée ...
Rien ne doit redevenir comme ça l'a été.







lundi 3 décembre 2018

ELLE : Il faut que tu sortes de la chambre, ils vont changer mes draps .
Mmm: Ok, je descends au port chercher du tabac chez Valentin et je reviens.
ELLE : Et n'oublie pas de ramener le dernier Spirou !

(permettez que je joue avec les boutons digitaux de l'ascenseur temporel de Ponchaillou et ceux du distributeur de billets du port  de Binic, dans les Côtes d'Armor où j'écris des souvenirs pas plus longs qu'un digicode...)

ELLE : Madame, il part dans combien de jours le garçon de la chambre d'à côté ?
Blouse blanche : Tournez-vous - Levez la tête - Vous voulez un autre oreiller ? Je reviens dans une heure...- Un conseil : ne vous attachez pas trop à ce garçon.

A l'époque les hôpitaux regorgeaient déjà de gamins – Je réintégrais un lit pour dix jours dans un service que j'avais quitté et oublié depuis cinq ans - ELLE semblait être là depuis toujours. Je débarquais dans son monde. Rien de ce désert de confort ne lui semblait étranger, ELLE m'intégrait. En échange, je lui offrais des bonbons et des éclats de rires. Mais mes cadeaux n'étaient pas nécessaires. ELLE était a-vie-de. Aucun parent ne venait lui rendre visite, les infirmières étaient ses bonnes fées. J'étais son petit prince. ELLE était une force de vie et de volonté sur-enfantine. Une aimante.

Pendant ces dix jours , les adultes pouvaient bien nous piquer de la tête aux pieds, ELLE et moi étions shootés l'un à l'autre - « toi aussi ils t'ont endormi avec le masque, beurk, ahahah » - Je m'étais préparé à l'enfer et découvrais le paradis. Alors, j'ai commencé à entendre des bribes de discussions entre ma mère et les infirmières, « gilles va bientôt rentrer chez vous, ça va être compliqué à gérer pour ELLE, mais surtout pour lui », «pourquoi?- il pourrait revenir la visiter ? », « non madame, ce n'est pas possible...à long terme », « c'est sans espoir ? »...

Je crois que j'avais déjà compris quand ma mère a eu le courage de m'expliquer. C'est elle aussi qui a convaincu le service qu' ELLE et moi devions avoir un moment pour nous dire ADIEU (« vous avez raison madame, il faut faire ça bien ») - Je ne me souviens que d'un seul mot que nous avons échangé ELLE et moi dans ce chaos : ADORE (je pense que c'est moi qui l'ai prononcé, mais il lui ressemble davantage) - Et quels cadeaux nous sommes-nous échangés ? Je crois que nous avons été beaux et dignes, comme deux docteurs .

Dans le long couloir qui nous mène à la sortie de l'hôpital, le regard de ma mère est fixé droit vers la lumière du jour, vers la maison, où je vais retrouver mes quatre sœurs.
Elle n'ose me regarder, sa main me sert fort alors que je n'oppose aucune résistance, elle me dit des choses que je n'entends pas, elle a des larmes – Je n'avais pas l'âge de comprendre la mort mais j'en découvrais les arguments, et sa conclusion, source des torrents de larmes. En me remémorant ce moment du départ dans le couloir, je me place adulte parmi tous ces gens du service nous saluant en larmes, extraordinairement immobiles, et à jamais prostrés vers ELLE.

Ado, je fais ma première déclaration à une jeune fille gâtée par la nature. Je la raccompagne près de chez elle et remonte un quai rennais. Une sirène de pompiers résonne, mon cœur s'affole, panique, puis parviens enfin à reprendre son chemin...

A un âge plus sérieux, le cœur battait le pavé toujours plus effrontément. Seul le mot ADORE sorti d'une bouche ravissante, résonnait comme une sirène de pompiers, mais sans que je ne sache plus pour quelle raison.

J'ai quarante neuf ans. Et bien que n'ayant jamais cessé d'arpenter les couloirs des hôpitaux, j'avais fini par tout oublier d'ELLE - Ou le monde m'était devenu un grand dispensaire familier de maladies incurables ? - Jusqu'à-ce que ma sœur Anne et son Célio ne viennent prendre une cuite binicaise à Pacques. « Mélenchon va gagner, c'est certain ! - Il est quelle heure ? - cinq heure, tu veux finir le Rhum ?- Et comment elle s'appelait ta petite copine à l’hôpital ? »
Depuis, je continue de chercher son prénom. Et ces bribes de souvenirs me sont revenues le lendemain matin en tombant sur cette ritournelle de Prince (« Adore »), que j'ai pourtant écouté mille fois .
Seuls les adultes ne tiennent pas leurs promesses...

ELLE : ah enfin te revlà - T'as le spirou ?

Mmm : La mer était grise avant  que la nuit tombe - le vent soufflait en rafales à toutes les heures que je parlais à Elodie et Marie , et d'autres innombrables filles magnifiques  rencontrées selon des âges définis par l'ascenseur temporel hospitalier  - Puis j'ai pu profiter d'une accalmie météo-intime pour démarrer ma vieille bourrique à essence et remonter les pentes dépressives de la Ville Jacob binicaise et parvenir au plus vite à notre chambre avant que les néons de notre couloir s'éteignent : touche ma peau, remonte ta couverture, allume la veilleuse , endors toi et fais de beaux rêves - Et tiens Spirou, Le Monde Diplo et Politis - l'Humanité , les vieux Cahiers du Cinéma, et tous les Charlot mon amour.

ELLE : mais on m'a dit que tu quittes l'hôpital demain ? 

Mmm : yep - je viendrai te dire adieu demain - mais comme toujours, je reviendrai un jour...

Tiens tous les Boris Vian , ouvre le châtiment de Raskolnikov et les crimes de Céline - tiens la mère de Gorki - tiens les jardins de Verlaine , Rimbaud et Villon- Vit les cent ans d'Aureliano Buendia - Et envole toi avec le moineau écarlate de Bukowski - Et Zarathoustra...

- Belle(s) insurrection(s) à toutes et tous .


jeudi 29 novembre 2018

Une femme frappe le temps qui nous reste à vivre sur une caisse claire pendant qu'une voix d'homme trépasse délicatement dans le jardin des pommes.
J'étais entrain de gravir une colline sur un chemin caillouteux dominant des vallées plombées par un soleil radieux quand est arrivée à ma rencontre une femme frêle au visage familier - "J'ai perdu ma ferme" - me dit-elle. Trop occupé à dénombrer le troupeau qui l'accompagnait - une cinquantaine de vaches , de moutons, d'oies et de canards - je n'ai pas bien compris si quelqu'un l'avait chassée de sa ferme , ou si elle errait comme une folle ou un Noé avec ses animaux. En la réconfortant dans mes bras, je lui proposais de rejoindre ma maison et mon jardin pour y faire paitre son petit troupeau...

Plus nous avancions dans le chemin caillouteux, moins je reconnaissais le paysage - je croisais des maisons en pierres qui ressemblaient à la mienne mais ne l'étaient jamais -  dans un village qui devait être le mien je croisais des oncles et des tantes en fête - "On a acheté la maison d'Alain !" m'informaient-ils de loin avec des têtes hilares - Les voyant rentrer en dansant dans une maison en pierre comme la mienne, je me suis senti seul -  En me retournant sur l'oreiller, la fermière et son troupeau avaient disparu et il faisait nuit dans ma chambre.

Tout n'est que rêve, aussi persistant et solide que la peine et la pierre - Cette nuit là je ne cherchais qu'à retrouver une maison chimérique qui m'accompagne depuis des lustres et que je peux dessiner éveillé. Je la connais par cœur -  avec ses ruines, ses gouffres et ses parties habitables sur un plancher branlant où aucun rat ne nous importune - et avec son jardin bicéphale fait d'une cour entretenue et d'un champ de broussailles à perte de vue - Une structure recomposée avec toutes les pierres que ma mère a posée du nord au sud.

https://twitter.com/Loopsidernews/status/1067438745950011392

dimanche 25 novembre 2018

Le jour même du décès de ma mère, j'ai mordu le crâne rasé de mon père - j'étais plus apte à l'exercice que mes quatre frangines... - Qui va hériter de quoi , et qui décide ? - "Pas toi : nous tous mais pas toi, ou je te crève aussi !" -... Les mots sont un héritage grandiose qui nous transpercent à chaque heure de notre âge.

Pendant qu'elle agonisait sans lui à Ponchaillou - j'embrassais le front de ma mère en répétant inlassablement ces mots venus d'ailleurs: "tu es belle - tu es belle , tu es belle..."  - Ces mots sortaient d'un monde charnel qui n'existait pas entre elle et moi, et  je ne comprenais rien à ces mots sortis de ma bouche en alerte -  - J'aurais voulu mieux exprimer les choses amoureuses , venues du ventre et de l'esprit maternel -  Dire avec les tripes l'au-secours du chaos sentimental et le manque intellectuel total...et quoi d'autre !-   Mais en m'écoutant collé à son front, je me suis souvenu de ce souvenir tendre qu'elle m'avait raconté - je ne sais plus quand ni comment : les dernières paroles de son père qu'elle avait en mémoire étaient celles-ci - "tu es belle" ! ....  L'écho chanté dans les couloirs de Ponchaillou.

https://www.youtube.com/watch?v=sxKF19jYk68

ELLE : ...?
Mmm : rien
ELLE : même pas une nouvelle ligne ?
Mmm : si, une seule - mais je n'ose pas raconter la suite - "Quand le soleil tombe - Une lampe de chevet allumée et une porte entre-ouverte sont deux nécessités qui relient nos âges d'enfant fragile et d'adulte mourant, effrayés par le trépas."
ELLE : ah oui je vois - ta mère m'a raconté ça.
Mmm : yep -
ELLE : have …
Mmm : fun.
ELLE : en fait tu n'oses pas dire qui a débranché la lampe et fermé la porte de la chambre de ta mère un soir de diffusion des Enfoirés à la télé ?
Mmm : vas-y dis-le toi..?
ELLE : Nutella , SuperU et carte bancaire !
Mmm : yep, enfermons-les tous dans leurs supermarchés et éteignons les néons !
ELLE : et écrivons nos épitaphes résistantes , " non je n'ai pas la carte super-u" !

Jacqueline (ma mère) :Je suis tombée et il ne m'a pas relevée.
J'étais en phase terminale de mon cancer et il m'a laissée parterre.
Clouée au sol j'implorais en rampant l'humanité d'un homme que je croyais connaître depuis cinquante ans.
J'étais en phase terminale, le visage contre son parquet acheté chez Leroy-Merlin - quand il a préféré partir faire ses courses à Carrefour.
La vie vous permettra de croiser encore cet homme qui jouit encore de mes créations, poussant fièrement son caddy rempli de Bolloré et Lactalis - père de mes quatre magnifiques filles.

ELLE : je n'ai jamais vu ton père à l'hôpital...?
Mmm : il devait être au supermarché.

Jacqueline (ma mère) : Des années avant et bien que mon cancer fut déclaré, je l'avais quitté un jour de colère accumulée - mon humanité débordait bien mieux que son caddy. Mais cet incapable d'être lui-même dans nos trente premières années de concubinage  avait su faire jaillir des larmes de son regard habituellement vide, grimaçant des simagrées de tata - j'y voyais la beauté de sa première femme décédée et les tourments de sa guerre d'Algérie . J'aurais du savoir qu'un regard vide n'est simplement qu'une humanité définitivement effacée... Et mon cancer ne fut pour lui qu'une rafale de mitraillette à éviter, ou à déclencher contre moi et mes enfants - son camp de base étant resté depuis sa jeunesse, et à travers ses défaites et ses drames mélangés, dirigé sous l'autorité du Général Couillon, chef des armées du SuperU et de la Carte bleu!

ELLE : quel était le cancer de ta mère ?
Mmm :appelons-le tata.
ELLE : ... !
Mmm : comme la dernière salve d'une mitraillette française en Algérie – taratarataratata - tata !

Jacqueline (ma mère) - à la fin de mes douleurs cancéreuses subies à la maison, mon amoureux et père de mes enfants m'enfermait dans une chambre pour regarder sa télé de cons tranquillement - il organisait des réunions avec nos amis qui me prenaient pour une folle droguée quand j' hurlais ma douleur - Il se baladait avec une canne pendant que je survivais dans un fauteuil roulant, se plaignant de ses douleurs imaginaires au dernier passant visitant mon lit médicalisé - Pendant mes derniers quinze jours passés au centre de cancérologie de Ponchaillou, il n'est resté qu'un quart d'heure dans ma chambre , lisant un magazine en me tournant le dos... Maintenant que je suis morte,  et qu'il court dans mon jardin binicais, cherchez sa canne et ses lâchetés rangées au fond du coffre de sa voiture pétaradante -  et trouvez 
mon cadavre au fond de son tank garé sur le parking d'un de vos supermarché.

https://twitter.com/Terrafemina/status/1066350953518063618/video/1 

    Comment s'est passée la journée ? T'as pas eu mal ?
    Non maman, les infirmières sont venues laver la sonde.
    T'as eu des visites ?
    Oui tonton et tata sont venus, ils m'ont offerts ça...
    On vous offre plein de cadeaux à l’hôpital – j'ai complètement oublié lesquels j'ai reçu – En vrai, il n'y a qu'un seul cadeau qui vaille à l'hôpital : la main de l'infirmière qui vient soulager ta douleur quand elle devient insupportable.
    Tu sais quelle infirmière sera là cette nuit ?
    Non maman, t'inquiètes...
    Les infirmières sont des anges. La journée elles sont nombreuses à venir te choyer, rigolent avec les aides soignantes débordantes de rabs de riz au lait. Leur ronde est un défilé de prêt à porter toutes les formes que la nature a créé sous l'uniforme de l'ange blanc.
    Mais la nuit, quand tout le monde est parti, que les visiteurs ont déposé leurs cadeaux polis et sont rentrés dans leurs logis télévisuels, ne reste alors plus qu'une seule infirmière pour éteindre les lumières de ta chambre et celles de toutes les autres chambres du couloir.
    Le monde peut vite basculer - Le blanc devenir noir - l'ange se transformer en démon.
    Elles étaient deux à se partager les gardes de nuits. Une d'elle usurpait la magnificence de l'uniforme, pour déployer ses ailes noires sur tout l'étage - Impossible de connaître le planning. Chaque soir était comme une roulette russe.
    Était-ce son ADN , ou mes yeux bridés qui la dérangeaient ? Dès la première nuit, nous étions devenus deux animaux en chasse : moi pour ma survie, elle pour sa toute puissance nocturne.
    Tu as vu l'infirmière, c'est la-quelle ce soir ? 
    Ma mère avait tenté d'obtenir le planning au-près de la chef de service, qui le lui refusa. Elle a cependant remporté le droit de pouvoir dormir dans ma chambre.
    Mais cet acte de rébellion de ma mère décupla la furie de notre démon travesti.
    C'est un monde de s'endormir.
    Toi tu mets ton pyjama capitaliste , ton bonnet de nuit doré - Tires la couverture à toi et comptes les parachutes colorés . Tu sèmes le ronflement, tu récolteras la colère.
    C'est un monde de s'endormir.
    Comment a-t-ELLE suffoqué ? Restait-il au moins un lit dans l'hôpital délabré ? Restait-il une fleur à cueillir dans une prairie sauvage, ou à voler aux groins des cochons repus dans les champs agroalimentaires bretons ?
    C'est un monde de s'endormir.
    Faites de beaux rêves les enfants chrétiens - « Ce n'est qu'un au revoir » – L'halleuia chanté chaque année à des jeunes orphelines qui visitent la tombe de leur mère . Les nuits de novembre, le père-noel ronfle.
    C'est un monde de s'endormir.
    Mon cousin Alain écrivait, dessinait, chantait, pianotait et guitarait,  jouissant brillamment contre toutes les maltraitances de son enfance – Il s'est assoupi pour de bon en s'enivrant de gnôle, fruitée de toute son intelligence .
    C'est un monde de s'endormir.
    Sur la table de sa dernière nuit, mon oncle Lucien a écrit ce mot à l'adresse de son ultime chirurgien à l'hôpital de Brest : « Assassin » ... - Bientôt nous ne saurons plus écrire.
    C'est un monde de s'endormir.
    Un câlin – une bise – une main sur le front – une pèle – une accolade - une caresse - des lèvres outrageusement scotchées à l'aréole puissante ?...- L'autour du coup est devenu bourgeois. C'est la dèche, il faut rembourser la dette qui ronfle - Ma mère et ELLE sont parties sans revenus.
    C'est un monde de s'endormir.
    J'ai les draps trempés de suées toutes les nuits – Gamin, ma sœur m'a sauvé de la noyade dans un puits - Je me suis raccroché à la tôle qui servait de portière à une deux chevaux à l'agonie de mon père pendant que les pointes de mes chaussures raclaient le bitume à un âge où les gags de Charlot et Buster Keaton m'étaient inconnus.
    C'est un monde de s'endormir.
    Plus tard dans la nuit , la sœur qui m'a sauvé du puits a pris des cachets – L'Afrique l'a sauvée. Tous mes neveux sont métissés – Il est minuit... C'est un monde de s'éveiller !

    Jours et nuits, ma sonde ne cessait de se boucher et me faisait jongler. Mon urée contenait des caillots de sang qui s'amoncelaient dans le tuyau – La vessie obstruée se gonflait et la douleur qu'elle déclenchait n'était qu'une alarme d'auto-défense créée par la nature bienveillante permettant à toute intelligence alentour qui s'occupait de mon corps d'empêcher que l'anomalie ne finisse par affecter mes reins nécessaires à ma survie.... C'est à peu près en ces termes que ma mère m'expliquait pourquoi on ne pouvait me donner le calmant que je réclamais en découvrant la première fois la douleur monstre m'envahir.
    Je venais de recevoir un cour magistral de philosophie par ma plus belle professeure de sciences. - De la douleur salvatrice de l'être vivant et du corps social défaillant.
    J'avais sept ans et découvrais hardiment que la pire des douleurs est celle infligée par le corps social. D'autres douleurs terrifiantes m'avaient parcourues l'abdomen avant que les médecins produisent leur diagnostique et m'envoient dans cet hôpital pour me guérir. Le Dr Bois-sel , le magicien généraliste que ma mère avait trouvé sur les quais rennais, m'avait appris à m’allonger sur le ventre en y intercalant un traversin pour exercer une pression apaisante – Il avait appris à ma mère comment calmer mes tourments par une voix douce et monocorde, et en posant une main sereine sur mon front bouillant.
    Mais à Ponchaillou, nous avions beau essayer de positionner le tuyau de caoutchouc dans tous les sens, mon salut ne pouvait venir que d'un simple lavage de la sonde bouchée par les mains stérilisées d'une infirmière compétente – Par conséquent, la douleur croissait d'insupportable en interminable pendant que nous apercevions le démon déguisé passer dédaigneusement devant ma porte.

    Ça va, tu n'as pas mal ?
    Mmm... Non maman - t'as vu comme elle est laide, on dirait tata – Ah ah ah.
    Ma mère a vite fini par découvrir le stratagème enfantin que je m'étais créé en l'absence du bon Dr Bois-sel. Plus la douleur m'alertait, plus je divertissais ma mère pour retarder le moment où elle allait devoir affronter l'ogre - combattre ses griffes d'ignorance, ses stratagèmes d'évitements - Je blaguais de derechef , et ma mère se transformait en furie déboulant dans le couloir à la recherche du démon tapis dans l'ombre occupé à faire briller son chariot.
    Elle a dit qu'elle allait venir, comment tu te sens ?
    Mmm...je crois qu'en fait, elle ressemble au trou du cul de tata...- Ah ah ah.
    Son énergie à retourner au front pour raisonner la folle et obtenir du capot une once d'humanité, me donnait le courage de dompter la douleur en pensant à une nouvelle blague, au cas où la salope ne viendrait toujours pas – Et de continuer sans cesse à branler ma sonde.
    Ma mère et moi avions fini par nous transformer en une armée de l'ombre luttant jusqu'à ce que le jour revienne avec sa cavalerie d'anges dévoués.
    Le combat n'a finalement duré que cinq ou six nuits (?), avant qu'un docteur des forces ennemies n'ôte d'un geste dédaigneux ce foutu tuyau de ma bite, et que ma mère puisse enfin nous extirper de ce cauchemar pour rejoindre notre logis télévisuel - S'ils n'étaient pas tous susceptibles d'être des démons, il fallait quand-même bien que pour réaliser son œuvre tortionnaire, le trou du cul de ma tata frisée ai pu bénéficier de quelques complaisances de la part d’honorables blouses blanches immaculées.
Le pansement colle encore - Dans l’entre-bâillement de la porte du salon, mes frangines et moi essayons de voir les images télévisées du premier épisode de la série Holocauste. Nous obtiendrons l'autorisation de nous installer dans le canapé pour regarder le deuxième épisode qu'après une longue mise en garde pédagogique de ma mère autour de la table à manger.

https://www.facebook.com/osonscauser/videos/289558331677442/

vendredi 23 novembre 2018

Je me tords de douleur allongé et entouré de visages effrayés  - "ça va ? , t'as mal ? essaie de te relever ! - ma frangine qu'a quatre ans de plus que moi vient de rater le ballon de foot que nous nous disputions en shootant de toutes ses forces dans mon tibia - C'était mon idée de laisser les filles jouer au foot avec les copains - j'avais seulement oublié que son âge et sa force dépassaient celle de nos mollets juvéniles... -  Bref, pendant les cinq minutes que la douleur se répandait dans tout mon corps et que j'imaginais mon os brisé, entouré de ces visages suant sur ma peine , j'avais largement le temps de penser à nous à Ponchaillou - Et de rire avec ma sœur pour qu'elle ne se sente coupable de rien du tout ...  Pourvu que tout s'estompe et ne se résume qu'à une bosse.

ELLE : oui mon ange, je t'ai vu rire avec moi dans la douleur étendu dans ce carré de verdure -  mais tu fais surtout bien d'oublier le score final !

Mmm : Quand j'ai quitté notre couloir hospitalier je savais que tu étais condamnée - j'ai négocié avec les adultes ma liberté contre ta vie sans me plaindre - Dehors je n'ai plus jamais demandé à te revoir - je n'ai plus jamais évoqué ton nom, et ton visage s'est substitué à d'autres amoureuses ... je me suis imposé un silence enjoué, plein de colère noire.

ELLE : un été dans ton jardin binicais , regarde la voix lactée au-dessus de ta tête - et tu verras le négatif agrandi de mes tâches de rousseur sur ma peau bleuie ...

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mercredi 21 novembre 2018

Mmm : tu veux dire un mot pour commencer ?
ELLE : je suis née un jour qui m'appartient et je ne sais pas à quelle date je suis morte - j'ai vécu mes plus belles années courtes dans l'hôpital rennais de Ponchaillou entourée d’innombrables infirmières aimantes, et d'autres démentes - j'aimais la vie par-dessus tout, et adorais particulièrement ce petit gars nouveau parmi la douzaine arpentant ma chambre quotidiennement comme des médecins avec des petites quéquettes - Que le cancer le préserve, il a décidé d' écrire sur mon compte ...-  Bande de lecteurs imbéciles : je suis morte, mais je n'ai jamais été fragile -  Swinguez vos sondes funkément  du passé au présent en éjaculant trois spermatozoïdes - moi, j'erre librement dans votre futur stérile !
Mmm : yep...
https://www.mixcloud.com/rich-cranmore/groove-in-f-live-o/
ELLE était une enfant amoureuse et cancéreuse, rencontrée dans une chambre d'hôpital - Cinquante ans plus tard, quand le monde creuse sa tombe climatique, j'essaie de me remémorer son visage et son prénom, par l'écriture - en faisant swinguer ma sonde dans l'actualité nocturne, en live et en effaçant tout à l'aube , tant qu' ELLE restera éphémère.